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- Les Muscadins.

- Fréron et la "Jeunesse dorée".

- Les Incroyables.

- Les Merveilleuses  du Directoire.

 

 

 

 

 

                                         LES MUSCADINS

 

 

 

La chute de Robespierre le 9 Thermidor 1794, sonne le glas des espérances révolutionnaires et marque le réveil des royalistes parisiens ! Les carrosses réapparaissent; les Français sortis des prisons, revenus d’exil ou tout simplement soulagés, se jettent avec frénésie dans tous les plaisirs. Plus de 40 théâtres, près de 650 bals publics, font recette, dont les fameux « bals des victimes ». Les Muscadins rescapés de la Terreur s’unissent et reprennent le haut du pavé ; avec l'indulgence de Barras, ils organisent des expéditions punitives contre les « terroristes », armés de leur bâton à poignée plombée appelé « le pouvoir exécutif. »  

 

 

 

 

                       Incroyable et Muscadin - Directoire

 

 

 

Lieu de rencontre :

 

« Leur quartier général se trouve au Palais Royal, leur état-major, au café de Chartres. Ils se réunissent également au café de la Foi, que fréquentait autrefois, les chevaliers de St Louis. Après avoir lu et commenté les gazettes royalistes, ils partent en troupe, écumer le pavé parisien, et malheur au sans culotte non repenti qui les croise… plus d'un de ces « culs crottés » goûtera du « rosse coquin », le gourdin ferré des « belles cuisses ».

 

Toute la fine fleur de Tivoli, de Bagatelle, de l’Elysée, du glacier Garchy, parade,avec son drapeau blanc et son cri de ralliement : « Guerre au téo-istes !» Ils seront près de 3 000 à Paris, etseront baptisés « Collets noirs », en raison de leur tenue, ainsi qu’en hommage au roi défunt.

 

 

« Sur le boulevard, les « aimables » passent et repassent, gesticulant, énumérant maîtresses et parents guillotinés. À la terrasse du café Rigny, quai des Quatre Nations, ils décrivent la journée du 10 août autour d’un punch au lait, ainsi que la mésaventure du dernier Jacobin rossé, le pantalon de Charette vendu 26 louis, ou l’histoire tragique de cette jeune fille qui s'est jetée dans la Seine avec le roman « des amours du chevalier Faublas ».  

 

 

 

                                                Muscadins en promenade - Directoire                                                           Un Muscadin - Directoire

 

 

 

« Leurs longs cheveux, tressés en cadenettes pendants des deux côtés de leurs joues sont utiles pour amortir les coups de bâton, de sabre ou de hachoir que l'on prend parfois dans les bagarres contre les sans-culottes. Ils portent un chapeau à larges bords voire un tricorne tenant comme par miracle, sur la chevelure enfarinée. Sur le chapeau, l'énorme cocarde tricolore peut en un instant, grâce à un subtil mécanisme, se métamorphoser en une resplendissante cocarde blanche. »

 

 

« Ils portent des vestes de couleur verte, en souvenir du Comte d'Artois et arborent 17  boutons de nacre en l'honneur de l'orphelin de la prison du Temple. Leur mot de passe est une allusion à ce dernier : « Combien huit et demi et huit et demi font-ils ? » ou « Quelle est la moitié de trente quatre ! » Ils se reconnaissent également au talisman de bois ou de plomb, tiré de la poche de leur gilet, représentant les silhouettes de Louis 16 et de Marie-Antoinette… »

 

 

 

                                 Un Muscadin et sa canne sous le Directoire                                Incroyable et Muscadin

 

 

 

 

Le « bal des victimes » 

 

« Les Muscadins fréquentent les « bals des victimes » ouverts à ceux qui affirmaient avoir perdu des parents par l’échafaud. On danse en habits de deuil, et se salue de le tête, d’un coup sec, comme si elle eût été frappée du couteau de la guillotine. »

 

 

 

Le « costume à la victime » :

 

« Les jeunes muscadins chassent les Jacobins, persiflant les gens sans poudre et les cheveux noirs. La jeunesse dorée porte l’habit carré et décolleté, des souliers très découverts, les cheveux pendant sur le côté retroussés par derrière avec cadenettes ; ils sont armés de bâtons courts et plombés en forme d’assommoirs… c’est ce qu’on appelait : le costume à la victime ! »

 

 

    

  

 Ils ont dit...

 

 

« Muscadins ! François Chabot, exaspéré, avait ainsi nommé tous ces inutiles et fainéants de la République, épris de costume et de parure, à l’heure où se débattait le salut du monde… Ces jeunes hommes « sucrés », parfumés, ambrés, poudrés, musqués, aux allures louches, « qu’un coup de tambour » métamorphose en femme. »

 

 

 

                      Muscadin sous le Directoire                                         Muscadin sous le Directoire - canne et chapeau                                            

 

 

 

 « L’histoire retiendra, qu'il a existé en France au milieu de sa révolution, une jeunesse orgueilleuse, les « Muscadins », jeunes gens « sans courage et sans patrie. » Barère 

 

 

« La jeunesse dorée : Mon plus grand bonheur, serait de faire des soldats de tous ces élégants inutiles. Ces chenilles brillantes me sont en horreur, d’autant que la plupart est gorgée de venin. » Bonaparte.

 

 

« Qu’est-ce que cette jeunesse dorée, sinon la race éternelle des libertins et des inutiles ? Ce sont ces mêmes damerets qui, dans l’année « terrible », se cachaient pour se dérober à la défense de la patrie. Ils se retrouvent prêts à la réquisition du guet-apens et de la violence. »

 

 

« Ces mains de femmes aux mains blanchies à l’huile d’amande, portent des cannes noueuses, parfois des gourdins, et ne semblent faites que pour manier tout au plus, la quenouille. Ils sont lâches, mous, d’humeur efféminée, et ne se risquent à attaquer leur ennemi, que lorsqu’il est isolé ou malade. »

 

 

 

                                                   Muscadin canne et lorgnette                                                                  Muscadin sous le Directoire avec sa canne               

 

 

 

 

« Ils écœuraient Béranger, qui voulut les peindre dans une comédie, les appelant, non pas les Muscadins ou les « petits sucrés », mais les « hermaphrodites ». C’est bien le nom qui convient à cette race éternelle, sans moelle, sans force, sans substance cérébrale, au sang appauvri, eunuques avachis, qui n’ont d’énergie que pour le plaisir ; race sans foi, sans pensée, qui nie, insulte et combat ce qu’elle ne comprend point et représente l’indestructible obstacle contre lequel se brisent trop souvent les mâles énergies et les nobles dévouements. »

 

 

« La famine, le peuple la connaissait ; il savait en l’An 2, se coucher sans dîner sous le drapeau troué de la République. Paris, son Paris même ne lui appartenait plus. Une armée de muscadins tenait les avenues, gardait les boulevards, chassait à coups de cannes, les jacobins hors des jardins publics. À 20 contre 1, ils assommaient les hommes, battaient les femmes… Quels tristes héros que ces muscadins ! »

 

 

« Méfions-nous de la mode brutale qui place une canne plombée entre les mains des Muscadins ; ne rions pas surtout, crainte de malencontre, de leurs coiffures, leurs basques interminables, et de cette cravate à 36 tours, « vert pomme pas mûre », qui protège leurs larynx efféminés, incapables de prononcer les r. »

 

 

« On l’a vu se promener pendant un semestre sous la défroque de l’emploi… avec une horrible canne en vrille ferrée à son extrémité comme une massue. Cette friperie disait l’homme : acteur et assassin. »

 

 

 

                                     Muscadin canne gourdin bicorne                                                        Les Muscadins - Jules Claretie

 

 

 

« Quand ils se trouvaient en nombre supérieur, ils assommaient leurs adversaires d’un coup de ce bâton qu’ils nommaient leur « pouvoir exécutif », mais à nombre égal, ils lâchaient pied, cédaient le terrain puis se retiraient en zézayant et se dandinant. Ils allaient tout couper, « paole d’honneu »… mais dès qu’arrivait un groupe de citoyens coiffés à la Brutus, crânes tondus, protestant contre la farine « dépensée à blanchir une tête quand elle devrait nourrir un estomac », les fiers-à-bras de Fréron désertaient, sans combat, le champ de batailles aux carmagnoles. » 

 

 

« Ils étaient tous armés d’épées, de sabres, de pistolets, sauf ces terribles hommes à moustaches qui restaient fidèles à leur tape-dur ou bâton constitutionnel, comme aux premiers temps de la République… Ainsi que le personnage le plus antipathique à cette tourbe, je veux dire le Muscadin ! »

 

 

 

 

 

 

Ils ont dit aussi...

 

« Les gens bien vêtus s’appelaient alors Muscadins. Etre bien vêtu était un crime du 1er chef. On ne voulait en France que des « sans-culottes. » 

 

 

 

                                   Un Muscadin - canne et chapeau

 

 

 

« … Ces jeunes gens s’appellent les Muscadins, ils sont de l’espèce des « dandys » ! Fréron dans son ardeur, les nomme « la jeunesse dorée ». Elle est apparue comme une espèce de résurrection ; elle porte le crêpe au bras (celui des victimes de la révolution), ainsi que des gourdins garnis de plomb, d’un air furieux. Tout "tape-dur" ou reste de jacobinisme qu’ils peuvent rencontrer, passera un sale moment... Nous renverserons le jacobinisme avec nos bâtons plombés disaient-ils ! »       

 

 

« Qu’on les ait gratifiés de Muscadins, faquins, aristocrates, ils me demeurent sympathiques pour avoir inspiré une terreur salutaire aux terroristes grâce au bâton et à la correction patriotique »

 

 

« … Les muscadins, secrètement encouragés, couraient les rues de Lons le Saunier, insultant, maltraitant les citoyens inoffensifs dont le seul tord était leur attachement à la République. Quand les bâtons étaient cassés sur leurs têtes, on avait recours aux pierres. Les muscadins riaient comme des fous. »

 

 

« Ils pouvaient braver une riposte à l’aide de leurs casse-têtes. Que vaut un coup de poing, si robuste soit le bras, contre une canne plombée ou le tranchant d’un sabre bien affilé ? La situation était belle pour les muscadins, dont beaucoup de dames à Lons le Saunier encourageaient les équipées sanglantes. Débarrassez nous des ces maratistes au plus vite, disaient-elles ! »   

 

 

 

                          Muscadin canne et chapeau                                incroyables et muscadins mode canne chapeau directoire

 

 

 

« Ces jeunes gens trouvent pour alliées naturelles les femmes, dont l'opinion est faite d'attendrissement, et dont le parti ordinaire est celui de la charité, lorsque les persécutés n'étaient que des victimes... Ainsi la guerre commence par des victoires. Les femmes séduisent les cœurs. Les spectacles, les acteurs enflamment les imaginations. Les bâtons de la jeunesse entament le dos des Jacobins. » 

 

 

« Ils étaient armés de cannes ou de bâtons plombés, et chantaient « Le Réveil du Peuple », un hymne composé par les poètes de la réaction thermidorienne. Les Muscadins dont Paris se moque aujourd’hui, oublie que se sont ces gens là qui on sauvés Paris. »

 

 

       « Peuple Français, peuple de frères,

       Peux-tu voir sans frémir d'horreur,

       Le crime arborer les bannières

       Du carnage et de la terreur ?

 

       … Partage l'horreur qui m'anime !

       Ils ne nous échapperont pas. »

 

 

 

 

 

 

 

 

                                FRÉRON  Louis-Stanislas    

 

 

« Il sue le crime, il est couvert de la lèpre du crime, il se faisait un jeu du crime, du parjure, du scandale ; tout lui est bon, pourvu que ce ne soit pas la vertu. »

 

 

 

         Fréron Louis-Stanislas La jeunesse dorée

 

 

 

Journaliste et fondateur de « l’Orateur du Peuple » en 1790. Ce proche de Desmoulins et de Robespierre avec lesquels il partage les bancs du lycée Louis le Grand, prend une part active aux grandes journées révolutionnaires ainsi qu’aux massacres de septembre 1792. Il rejoindra le camp des royalistes après le 9 thermidor et sera l’instigateur de la terrible répression de Toulon, fin 1793.

 

 

« Le premier bâton de la capitale », la terreur des Jacobins ! » Madame Tallien 

 

 

Ce « Missionnaire de la Terreur », fut l’amant de Pauline Bonaparte, avant de partir à Saint-Domingue comme sous-préfet ; atteint de la fièvre jaune, il s’éteint le 15 juillet 1802.

 

 

 

                             Pauline Bonaparte Directoire

 

 

 

« …Tous les jours passait dans l’Orateur du Peuple un article où ce bourreau d’hier réclamait des exécutions « au nom de la justice »… Ce diable de Fréron, écrit un journal, ne donne pas à ses ennemis un moment de relâche. Il s’acharnait sur Collot, Billaud, Amar, Barère. »

 

 

« Votre cercueil est prêt, criait-il à ces malheureux, vous vous débattez en vain. »

 

 

 

      

  

« LA JEUNESSE DORÉE »

 

Il forme avec son ami Tallien, des bandes de jeunes muscadins ou « collets noirs », recevant la mission de rosser les « passants ayant mauvaise figure », c’est à dire les Jacobins. Il recrute son « armée » dans divers endroits de la capitale comme le Café de Chartres. On y trouve aussi bien des insoumis, des artistes, des petits commerçants que des individus sortant de prisons ou des journalistes. Parmi ses lieutenants, se trouve le baryton Garat, Ange Pitou, Saint-Huruge, Jean Elleviou et Langlois.

 

 

 

« La jeunesse dorée : Mon plus grand bonheur, serait de faire des soldats de tous ces élégants inutiles. Ces chenilles brillantes me sont en horreur, d’autant que la plupart est gorgée de venin. » Bonaparte  

 

 

 

                                                                                                                                                                                                       Napoléon Bonaparte 1er consul

 

 

 

« À la suite de cette époque politique d’horrible mémoire dite « la Terreur », il s’organisa à Paris puis en province,  des troupes de jeunes gens qu’on nomma « La jeunesse dorée ». Leur costume était une redingote courte, de couleur claire et à collet noir. Leur arme, un bâton lourd et noueux dont ils firent un usage assez brutal contre les jacobins; ceux qu’on appelait terroristes, septembriseurs ou queue de Robespierre, étaient traqués et roués de coups.

 

La chose n’est pas bien digne ni légale, il ne l’est jamais d’attaquer les gens, désarmés et d’empiéter sur les fonctions du bourreau, mais c’était la façon du moment. Cependant, on ne peut pas toujours donner des coups de Bâton, ni toujours en recevoir... »

 

 

 

 

« Et qu’est cette jeunesse dorée, sinon la race éternelle des libertins et des inutiles ? Ce sont ces mêmes damerets qui, dans l’année « terrible », se cachaient pour se dérober à la défense de la patrie. »

 

 

 

« Faites-nous donc justice de l’armée de Fréron, de ces messieurs à Bâton ! » 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                       INCROYABLES ET MERVEILLEUSES

 

 

Les Incroyables et Merveilleuses représentent un courant de mode qui a traversé la France du Directoire, en réaction à la à la folie sanguinaire répandue par la Terreur. Il est caractérisé par son extravagance et l'étrangeté de ses goûts.

 

 

 « Des cendres de la jeunesse dorée de Fréron sortirent les incroyables, race plus répandue, quoiqu'elle ait payé ses habits encore plus chers… »

 

 

 

                Incroyable et Merveilleuse - couple Directoire 1797                                    Incroyable et Merveilleuse - couple en promenade 1790                                       

                 

                   

   

 

 

 

 

                                       LES INCROYABLES

 

 

 

« L’incroyable s'habille avec exubérance. L’air blasé, le bicorne sur la tête, il porte des vêtements excentriques avec une apparente nonchalance, des collerettes noires, de larges culottes plissées ainsi que des bas rayés, ou blanc aux jarretières flottantes. Ajoutez à ceci, un gilet écourté à grand revers rabattus, un immense jabot, des souliers à la poulaine, c’est à dire découverts et pointus. Tel fut l’étrange costume des élégants de Paris et bientôt de la France entière. On les nomma « Incroyables ». Ces nouveaux mondains, firent gloire de ce nom et s’efforcèrent de le mériter. »

 

 

 

                  Café des Incroyables - canne chapeau 1797                             Couple d'Incroyable et Merveilleuse     

 

 

 

« Ils arpentent les Galeries du Palais-Royal, où se trouvent les cafés à la mode, les théâtres, les tripots, les glaciers. Inspirés par la mode londonienne, ces jeunes gens arborent des accoutrements excentriques. Des contre-allées des Champs-Élysées aux jardins de Tivoli et de Frascati, ils amusent le public de la rue et dépensent sans compter ! »

 

 

 

 

                   Incroyable et Merveilleuse - Le désagrément d'aller à pi                               Incroyables et Merveilleuse - le supême bon ton

                                        

 

 

« De temps à autre, ils se colletaient avec quelque « croyable », portant le sabre à poignée en forme de tête de coq. »

 

 

 

 

Les Incroyables se singularisent par un langage affecté, supprimant de leur conversation, les « r » (comme révolution), ayant encouru leur disgrâce… qui leur avait, disaient-ils « fait tant de mal ! » 

 

Ils s’écriaient souvent :

 

« Ma pa’ole d’honneu’ ! C’est inc’oyable ! »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE COSTUME

 

« Ce n'est pas la recherche du beau qui occupa l'incroyable. Il travailla au contraire à se donner les apparences d'un être disgracié de la nature et du sort. »

 

 

                     Incroyables - canne Directoire                             Les Incroyables - Directoire 1797

 

 

 

« Il exigeait de son tailleur que son habit carré, fît des plis partout, que lorsqu'il l'aurait sur le corps, son dos produisît l'effet de celui d'un bossu. »

 

 

« Il fallait que sa culotte godât tout du long et lui procurât des genoux de cagneux, et que ses bas à raies horizontales fussent tournés en tire-bouchon autour de ses jambes. »

 

 

« Ses cheveux légèrement poudré, abattus le long des tempes en « oreilles de chien », étaient relevés par derrière pour former un chignon retenu par un peigne courbe, à l'instar des condamnés que l'on conduisait naguère à la guillotine. »

 

 

 

             Incroyables - lorgnette, boucles oreilles de chien                            Incroyable-et-Merveilleuse---couple-directoire

 

 

 

« Il avait en tout temps d'énormes lunettes sur le nez ou le binocle devant les yeux, comme s'il était affecté de myopie. Son énorme cravate verte, dans laquelle tombait son menton, semblait cacher un goitre ou des écrouelles… D'immenses anneaux, passées dans les oreilles, l'auraient fait prendre en Turquie pour un serviteur de sérail... »

 

 

 

 

 

 

LA CANNE

 

« Les temps sont troublés. Voici la terrible canne des Incroyables, affreux gourdin tourné en spirale, noueux, raboteux aussi laid à voir qu'à porter ; surnommé le « Pouvoir exécutif » il se trouve fort utile pour assommer les Jacobins ! Il s’enroule d’une corde à boyaux et renferme au besoin un sabre droit. En ce printemps 1795, l’Incroyable tient le haut du pavé et malheur à celui qui ne lui céderait pas la place ! »

 

 

                              Incroyables - cannes gourdin Directoire                                      Incroyable et sa canne gourdin                          

 

 

 

« La Canne de l’Incroyable, se nommait également, « Arbre de liberté » par son aspect naturel de branche torsadée, rappelant les arbres plantés dans toute la France sous la révolution. Cette mode entendait prendre le contre-pied de l'ancien régime. »

 

 

                                       

 

 

 

 

ILS ONT DIT…

 

« Cette jeunesse, dont l’infirmité, me cause de civiques inquiétudes, a su pourtant dans l’occasion saisir un sabre, manier un fusil, un bâton avec autant de vigueur que d’adresse et faire entendre des sons mâles, mais les rechutes sont dangereuses… » 

 

 

             Incroyable et Merveilleuses en promenade            Couple de Merveilleuses et d' Incroyables - danse

 

 

« Les signes de cette dégénération, sont d’abord un relâchement total du nerf optique, ce qui oblige le malade à se servir constamment de lunettes… outre la stature raccourcie, la taille grêle et la vue myope des individus, une autre preuve de l’affaiblissement de l’espèce est l’usage d’un bâton court et plombé, dont les 2 extrémités sont d’une égale grosseur, et qui m’a paru remplir l’effet d’un contre-poids dont se servent les danseurs de cordes. » 

 

 

« Ainsi déguisés, les jeunes gens du Directoire ressemblent à de solides pancratiastes aux épaules carrées ; la main bien appuyée sur un bâton noueux, « leur pouvoir exécutif » ; ils ressemblent à « des toucheurs de bœufs ! » 

 

 

« Par une contradiction fréquente dans les choses de mode, ces fiers-à-bras, à bâtons courts, ont adopté une voix de femmelette, un zézaiement enfantin, un parler gazouillé et mourant ! »

 

 

« Ces jeunes infortunés, atteints de la paralysie commencée de l’organe de la parole, évitent les consonnes avec une attention extrême, et sont réduits à la nécessité de désosser la langue… » 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                 EXEMPLES D’ INCROYABLES

 

 

  Pierre-Jean Garat - baryton - révolution Incroyable                                                                                                                

 

 

Pierre-Jean GARAT 

 

Ce baryton célèbre, première « idole des jeunes », fut la coqueluche de la jeunesse dorée qui copiait ses tenues vestimentaires extravagantes. « L’enfant gâté du succès », interpréta notamment « Plaisir d’amour » en 1784. On chante comme Garat, on parle comme lui. Le garatisme règne en maître !

 

Il reçoit le soutien du Comte d’Artois, de la reine, avant de connaître sous le Consulat, les faveurs de Bonaparte. Il aurait fait connaître Mozart à la France...

 

                                                                                                                                      

 

 

 

 

Mr GAVINET

 

1802 : M. de Gavinet était le plus incroyable de ces incroyables En exagérant encore tout ce qu’il y avait de plus exagéré, il était devenu l’homme à la mode de l’époque. Ce beau des beaux, était venu respirer l’air de la province ; maître très tôt d’une brillante fortune, il l’avait dissipée en grande partie en moins de 2 ans, et se hâtait d’en finir avec le reste. Je le vois encore sortant à cheval de l’hôtel de « la Tête de Bœuf », l’hôtel fashionable du pays.

 

Son cheval était un superbe andalou pur-sang. Celui de son domestique n’était pas moins beau, mis à peu près comme son maître, il portait de grandes bottes à revers jaunes ; tandis que mon incroyable chevauchait en bas de soie, en escarpin et son gourdin à la main.

 

Il pouvait avoir 25 ans, une taille élancée, sa figure longue, pâle, fatiguée, à lèvre un peu pendante. Il affectait ce parler à la mode qui imitait le bégaiement des enfants : il supprimait les r, disant Païs pour Paris, paole pour parole, etc. Quand je l’aperçus, je restai en extase ; je ne pouvais me lasser de l’admirer, et bien des années après, je considérais Gavinet, ses chevaux, son valet comme le type du goût et de l’élégance, et j’aurai donné tout au monde pour lui ressembler...

 

Les femmes raffolaient de mon incroyable. Il resta 15 jours, et durant une année encore, on entendit parler de Gavinet et puis on n’en parla plus, et 45 ans plus tard…

 

 

 

                               Incroyable avec gourdin

 

 

 

… Un jour d’automne, venant des Champs Elysées, je traversais le jardin des Tuileries pour gagner le Louvre lorsque j’aperçu les enfants d’une dame de ma connaissance jouant au point du jardin dit « La petite Provence »... Je m’approchai du banc afin de prendre des nouvelles de leur mère. À son extrémité, se trouvait un vieillard, appuyé sur sa canne. À sa tournure piteuse, son chapeau déformé, sa redingote râpée, il avait l’air de ces pauvres honteux qui ne demandent pas l’aumône, mais qui la reçoivent.

 

Quel pouvait donc être cet homme ? J’étais tenté de lui faire mon offrande, mais au moment où je m’avançais avec ma monnaie dans la main, je le vis tirer de sa poche une tabatière élégante, ce qui me laissa un doute sur son état de pauvreté. J’allais m’en aller, lorsqu’un autre individu de même tenue, s’approcha et allongea le bras pour prendre une prise dans la tabatière ouverte et lui dit :

 

« Eh bien ! Comment va la santé, père Gavinet ? Mes doutes étaient éclaircis : c’était mon incroyable. »

 

 

  

 

 

 

 

 

                                  LES MERVEILLEUSES

 

 

Avec la redécouverte d’Herculanum et de Pompéi en 1763, « l'antiquomanie »  se trouve dans l’air du temps. Les « Merveilleuses » portent des coiffures à la Grecque, des robes à la Diane ou à la Flore ; leurs tuniques au décolleté généreux, couleur chair, s’ouvrent largement sur le flanc.

 

« Leurs robes de mousseline ou de tulle laissent deviner leurs appas, bras et pieds découverts, anneaux aux jambes et aux doigts des pieds ; chez les Merveilleuses, la sobriété n’exclut pas l'originalité ! Elles se plaisent aux exagérations de la mode. »

   

 

                            Une Merveilleuse directoire, consulat                                          une Merveilleuse en 1800                                                                        

 

 

 

« On se vêt, où plutôt on se dévêt de tulle, de gaze ou de linon transparent qui ne cache rien des formes. À l'occasion, on se promène nue dans un simple fourreau de gaz. Le ton est parfois à l'outrance, mais le plus souvent la « Merveilleuse » est prétexte à des scènes libertines... »

 

« Mais le grand luxe de la Merveilleuse reste la perruque, ou plutôt la multitude des perruques, car il en existe pour toutes les heures du jour…  Blondes, noires, bleues et vertes ! »  

 

« Chaque femme qui vit à Paris, chaque Merveilleuse devait posséder trois cent soixante-cinq coiffures, autant de paires de souliers, six cents robes de douze chemises. »

 

 

 

 

                            L'inconvénient des perruques 1797 Directoire                                            Merveilleuse sous le directoire - mode                                                      

 

 

 

 

ANECDOTES

 

« 1797. À la promenade de Longchamps, au Longchamps comme on disait, des élégantes s’étaient fait applaudir, non pour leur toilette, mais pour leur hardie nudité. … Muscadins et Incroyables, promenaient dans Paris leur sottise parfumée, leurs boucles d’oreilles, leurs bijoux de femmes et leurs breloques en forme de fleurs de lis. »

 

 

« 1798. La mise des femmes à Paris est délicieuse, ma chère sœur ; Toujours la perruque blonde, et presque rien d’autre sur le corps que du linon, de la gaze ou du crêpe... Presque toutes vont à pied ; beaucoup, parées comme des nymphes, relèvent le jupon et la robe par le côté, découvrant ainsi la jambe jusqu'au genou par devant et quelque peu de jarret par derrière. Au total, il faut bien avouer qu'elles ont une langueur, un charme, une coquetterie, un petit air coquin et abandonné qui damnerait un ermite ! Je t'assure, il faut voir tout cela pour modeler ses habillements, si l'on veut être muse comme elles le sont. »  

 

 

« C’est dans le monde, surtout au Luxembourg, chez Barras, dans les salons romains de Mme Tallien, à l’hôtel Thélusson ou l’on donnait des bals de victimes, qu’on pouvait admirer les Incroyables. Un jeune Incroyable se présenta un jour chez Mme de Staël dans l’extravagance de son costume… et portant à la main, c’était à la mode encore, un petit Bâton de cep de vigne.

 

 

            Madame Germaine de Staël

 

 

« Vous portez le sceptre du ridicule, lui dit-elle avec aigreur (elle avait une mise orientale). Mme l’ambassadrice ou plutôt, citoyenne baronne, c’est à vous qu’il appartient de le décerner. Mme de Staël faillit tomber en pamoison ! »           

 

 

 

 

 

                     Les MERVEILLEUSES du DIRECTOIRE 

 

 

Beaucoup se vantent de fréquenter les plus merveilleuses des « Merveilleuses » : Mme Tallien, Mlle Lange ainsi que deux créoles très recherchées, les citoyennes Beauharnais et Hamelin. Leur protecteur, Barras, est un personnage influent, auquel il est bon de faire sa cour : il donne des fêtes d'un luxe inouï où se presse une société disparate : royalistes et jacobins repentis, grandes dames et courtisanes. Les moeurs sont libres : on divorce pour se remarier et re-divorcer au plus vite.

 

Madame Tallien, Joséphine de Beauharmais et Madame Hamelin seront surnommées : "Les 3 grâces" du Directoire.

 

 

 

 

Mme TALLIEN  1773-1835

 

 

Thérésa Cabarrus reçut le surnom de : « Notre Dame de Thermidor », parce qu’elle évita la guillotine à de nombreuses personnes. Devenue la citoyenne Tallien en 1794, cette femme non dépourvue de bonté, ni d’intelligence,  régna sur l’époque du Directoire.

 

 

                                   Madame Tallien portrait Merveilleuse                                                               Madame Tallien en prison

 

 

 

 

Grande amie de Joséphine de Beauharnais, elle prenait chaque jour, un bain de fraises et de framboises écrasées… 10 kg. Elle y restait une heure, puis se faisait frictionner, avec une éponge trempée dans du lait.

 

 

 

« Toujours élégant et parfumé, Fréron, le terroriste d’hier, fréquente le salon de la citoyenne Tallien, entre deux opérations contre les « passants ayant mauvaise figure ». Ne l’a-t–elle pas proclamé « le premier bâton de la capitale », la terreur des Jacobins ! »

 

 

« On ne peut s’imaginer, avec quel ressentiment les sans-culottes murmurait contre « la Cabarrus », devant l’éclat de la civilisation de thermidor, ces bals, ces fêtes… et ces armées de muscadins qui paradant avec leurs bâtons plombés ; nous sommes ici chassés, « ramassant les restes dans les rues » ! » 

 

 

 

                     

Directoire/Merveilleuses/Madame-Tallien---Theresa-Cabarrus.JPG" class="noAlign" width="235" height="300" alt="Madame Tallien - Thérésa Cabarrus" />                                    Madame Tallien - Champs-Élysées en fourreau de gaze - mod

 

 


Napoléon la détestait parce qu’elle s’était refusée à lui. Il écrit à Joséphine :

 

« Je te défends de voir madame Tallien, sous quelque prétexte que ce soit. Je n'admettrai aucune excuse. Si tu tiens à mon estime, ne transgresse jamais le présent ordre ». Devenu empereur, il lui refusera une invitation pour le bal des Tuileries, au prétexte qu'elle avait « eu deux ou trois maris, et des enfants de tout le monde. »

 


La « Tallien » représentée au Théâtre, dans "Le lion amoureux", une comédie de François Ponsard - extrait. 

 

Humbert :


« ... Ainsi cette Circé, qui nous prend tous les nôtres,

A su t ‘ensorceler, Hoche, comme les autres.

Mme Tallien t’invite à ses banquets,

Tu savoures son philtre entre les freluquets,

Les Muscadins, les beaux, la jeunesse dorée,

Et tous les collets noirs dont elle est adorée.


Ton sabre y fraternise avec leur gros bâton,

Toi républicain pur, qu’on façonne au bon ton,

Tu mets ta noble main dans les mains scélérates,

Des fripons enrichis et des aristocrates.


Morbleu ! La République est perdue. 

 


Le Muscadin :


C’est un bal où seront invités

Tous ceux dont les parents sont morts décapités.

 

 

Mme Tallien :


Mais ne craignez-vous point,

Du parti terroriste un assaut sur ce point ?

 


Le Muscadin :


N’ayez pas peur, à l’aspect de nos cannes plombées,

Vous les verriez s’enfuir à grandes enjambées. »

 

 


 

 


 JOSÉPHINE DE BEAUHARNAIS 1763-1814

 

 

Née en Martinique, Marie-Josèphe-Rose dite Joséphine, fut la première épouse de Napoléon 1er. Répudiée au nom de la raison d’Etat, elle se retire à la Malmaison, largement dotée. Sous le Consulat, Joséphine usait de bains d'eau de rose et de cognac, ou encore de myrrhe, cannelle et résine.

 

 

                            Joséphine de Beauharnais en Venus - Merveilleuse.pg                                  Dans le salon de Joséphine de Beauharnais - Merveilleuses                                                    

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

FORTUNÉE HAMELIN  1776-1851

 

 

Cette femme hors du commun, surnommée, le « premier polisson de France », est née à Saint-Domingue. Par son intelligence et sa beauté, elle influença bon nombre d’éminents personnages de la vie publique : Bonaparte, Hugo, Talleyrand, Chateaubriand. 

 

 

                                         Madame Fortunée Hamelin - Merveilleuse                                                          Fortunée Hamelin - tombe                                     

 

 

 

« Dans son teint d’olive, brillaient des yeux de diamants noirs… délicieuse, de toutes les femmes présentes, la plus osée, on eût dit une fille échappée du sérail. » 

 


« La belle et voluptueuse créole, ne dédaignait pas d’afficher ses grâces nonchalantes ainsi que ses déshabillés inoubliables, dans les salons du vrai monde, les bals ou les réceptions offertes dans son hôtel de la rue d’Hauteville. »

 

                                                                                           

« Madame Hamelin était l’âme de ces fêtes auxquelles elle sut donner une vogue extraordinaire. Se faire inviter était une véritable affaire d’état ; on intriguait de toutes les façons pour y parvenir… » Comtesse de Bassanville

 


« Les salons dorés sont plus brillants que jamais… et déjà s’est créée une société très intime entre le citoyen général Bonaparte, Barras, Tallien, Mme Tallien, Mme de Beauharnais, Madame Hamelin, où l’on est très occupé de tripotage d’affaires et de plaisirs. » 

 

 

 

 

 

 

 

 JULIETTE RÉCAMIER 1777-1849

 

 

 

                     Juliette Récamier - buste                                     Juliette Récamier - Merveilleuse - portrait Directoire                       Juliette Récamier

 

 

 

« Juliette Récamier, mille fois citée, aimée, courtisée reste une figure célèbre de cette époque. » Elle reçoit dans son salon parisien, les plus grandes célébrités du monde politique, artistique et littéraire, entre le Directoire et la Monarchie de Juillet. Elle entretiendra une relation amoureuse de 30 ans avec Chateaubriand. 

 

 

 

                                                                  

 

 

 

 

 

Mlle LANGE 1772-1825

 

 

 

                   Mademoiselle Lange - Directoire Merveilleuse

 

 

Comédienne du Théâtre Français. Après avoir échappée de peu à la guillotine, elle mène grand train sous le Directoire avec ses amies, les « Merveilleuses ».

 

 

 

Anecdote :

 

Mademoiselle Lange, commande son portrait à Girodet, qui l’expose au Salon de 1799. Elle ne le trouve pas à son goût et exige que la toile soit retirée :

 

 

« Veuillez, Monsieur, me rendre le service de retirer de l’exposition le portrait qui, dit-on, ne peut rien pour votre gloire et qui compromettrait ma réputation de beauté. »

 


Le peintre, furieux, lui renvoie le tableau, lacéré de coups de couteaux ! Il se venge par une autre toile, ou il représente l’actrice en « Danaé », un dindon symbolisant son mari, et la tête de son amant à ses pieds, les yeux obstrués par des pièces d’or qui tombent en pluie !

 


                               Mlle Lange - Merveilleuse Directoire Giraudet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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