La "Rose couverte de Paname", club de canne de combat dite française et de bâton, se situe près de Paris à Antony.
" Paname, c'est fou c'que tu peux faire causer
Mais les gens sav'nt pas qui tu es
Ils viv'nt chez toi mais t'voient jamais."

LES APACHES

Paname a toujours été une ville de voyous. De la cour des miracles médiévale aux tribus urbaines actuelles, chaque période de l’histoire a produit sa voyouterie spécifique, dont les Apaches de la « Belle Époque » restent une des références.
« C'est un mauvais garçon, il a des façons, pas très catholiques,
On a peur de lui, quand on le rencontre la nuit…
Ça joue du poing, d'la Canne et du chausson,
Un mauvais garçon. » Albert Préjean
1886 : Géronimo, dernier grand chef indien, résiste dans les montagnes de l’Arizona et du Nouveau Mexique, devant l’armée américaine… Il devient un « symbole », pour de jeunes parisiens aux marges de la société, rebelles ; ils s’identifient à lui, sa bravoure et se baptisent : « Les Apaches » !
« C'est nous qui sommes les hiboux.
Les apaches, les voyous…
Dans le jour, nous planquons nos mirettes,
Mais le soir nous sortons nos casquettes.
Nos femmes triment sur l'Sébasto
Pendant qu'nous, chez l'bistrot, dans un coin, bien au chaud,
On fait sa p'tite belote avec des mecs comme nous,
Des coquins, des apaches, des hiboux. » Édith Piaf
Coeur d'Apache - Court métrage de D. W. Griffith - 1912
Le milieu a ses principes : prendre la fille d’un autre, se règle au surin. Les armes à feu sont peu utilisées car non « viriles ».
Les Apaches préfèrent les Cannes plombées, les poignards, les poings américains, ou les redoutables poinçons en os de moutons ; ils peuvent aller jusqu’à couper le nez ou les oreilles d’un rival.
« Les Apaches sont des dégénérés entravés de tares ignobles, tombés en dehors de l’humanité » Selon Maurice Barrès
« J'ai toujours adoré Paris quand la nuit tombe,
Quand les loups et les chiens vont y risquer leur peau,
Les filles ont alors des accents d'outre-tombe
Pour proposer l'amour comme on offre un crapaud..." Bernard Dimey
L’Apache se distingue du « cave », par les vêtements : pantalons à larges pattes, souliers cirés, casquettes à la visière brisée, foulards rouges, vestes cintrées ainsi qu’une large ceinture de terrassier.
Il s’exprime en argot: verlan, javanais ou louchebem, et se fait une spécialité du tatouage : il se pique un ou plusieurs grains de beauté sur le visage, en introduisant sous la peau écorchée, une mixture de charbon et d’huile…
Ces jeunes « sauvages » d’à peine 20 ans terrorisent Paris ; ils possèdent leur territoire : Maquis de Montmartre, rues Pierre Leroux, de Lappe, Place Maubert, Glacière, Belleville, Les Batignolles. Ils s'affrontent avec d'autres bandes, celles de Saint-Ouen ou d'Ivry...
« Nous avons l’avantage de posséder, à Paris, une tribu d’Apaches dont les hauteurs de Ménilmontant sont les montagnes rocheuses. » 1900 Le Matin
"Qu'on le veuille ou non, les apaches sont devenus les rois de l'actualité. Il n'y en a plus que pour eux. La première page des grands quotidiens d'informations leur est tout entière consacrée avec un luxe d'illustrations tout à fait moderne."
M. Huat - L'Aurore
«… Elle s’appelait Margot la Ventouse
Elle avait des yeux de velours
Elle devint un soir l'épouse
De Julot, l'empereur du faubourg…
Julot était un sale apache
On lisait, tatoué sur son front :
Vive Ravachol et mort aux vaches !
Sur sa fesse gauche : C' 't une opinion.
Il n'aimait que l' pognon des autres
Il portait un chapeau melon
Son œil gauche disait merde à l'autre
C'était un drôle de miroton
Un soir, il dit à Marguerite :
Sur le trottoir, travaille de suite… » Paul Meurisse
Mon gangster - Mistinguett
1902 : L’affaire "Casque d’or ".
Amélie Hélie (1879-1933) dit « Casque d’or »
Manda, du quartier de la Courtille et Léca, de Charonne, se disputent la belle Amélie Hélie dit « Casque d’or » ! Manda, l’ouvrier charpentier, blesse gravement Léca d’un coup de couteau.

Dominique Leca "l'apache des Orteaux" Joseph Manda "l'apache de Popincourt"
La presse s’empare de ce fait-divers… cette histoire d’amour déçue, d’honneur vengé, de serments reniés se transforme en roman-feuilleton. Une simple prostituée devient « la reine des Apaches »; « Casque d’Or » après le procès, coqueluche du Tout-Paris, pose pour des cartes postales, publie ses mémoires.
La presse multiplie des reportages plus ou moins fantaisistes et parsème ses articles de mots d’argot, apprenant au bourgeois les « 350 façons d’estourbir ». Il naît un « mythe apache » : dans les quartiers chics, on donne des « bals apaches »…

« Ah plaignez les vrais parigots,
Ceux de Belleville et d’ La Villette
Ils sont victimes des gens honnêtes
Les gens honnêtes sont des salauds…
Ils nous avaient prit déjà, not’ belote et not’ java…
Avouez qu’n’nous sommes pas verjot
V’là maint’nant qu’ils nous chipent notre argot
Dans toutes les classes de la société
La langue verte est adoptée
Chacun en douce fait à sa manière
Son petit vocabulaire…
Vous gênez pas, ya du choix dans les mots
Un lit, un plume, un pucier, un pageot
Et appl’ez ça comme vous voulez moi j’men fous
Pourvu qu’dedans j’y trouve ma poule… » Maurice Chevalier
Appl'ez ça comme vous voulez - M.Chevalier
« Le surin disparu, la balafre est vulgaire
Et le vin de Suresnes a perdu son bouquet,
Même en l'île Saint-Louis, on ne saigne plus guère,
Monsieur de la Bretonne a déserté les quais..." Bernard Dimey
« Ohé ! Les apaches
À nous les eustaches
Les lingues à viroles
Les longes d’assassin
Pour le bidon des roussins
Et pour le ventre des cass’roles… » Bruant

Le Coup du "père François", célèbre chez les Apaches...
1907 : Création des fameuses "Brigades du Tigre" de Clémenceau.
1952 : CASQUE D’OR - Le FILM

Jacques Becker tourne « Casque d’or » avec Serge Reggiani, Claude Dauphin, Raymond Bussières et Simone Signoret ; celle ci trouve là un de ses meilleurs rôles. Le projet date de 1939 ; Julien Duvivier devait réaliser le film avec Jean Gabin… puis Yves Allégret et H. G. Clouzot.

" Que sont devenues les fortifications
Et les p'tits bistrots des barrières...
Où sont donc Julot
Nini, Casque d'or
Et p'tit Louis l'costaud
Si célèbre alors..." Fréhel
« A Montmartre, autrefois, quand la vigne était belle,
On venait au Lapin pour écouter Frédé
Et s'étourdir le coeur à coups de ritournelles,
Aujourd'hui les clients sont durs à dérider.
Ils gueulent en anglais des musiques électriques,
Bruant s'est retourné tout seul dans son cercueil,
Rendez-nous pour un soir nos pianos mécaniques
Et tout ces beaux refrains dont on a fait son deuil..." Bernard Dimey
Dédé de Montmartre - A. Préjean
Les Apaches disparaissent après 14-18 au profit du « Milieu », contrôlant la prostitution.
« Apaches ? C’est vite dit que ce sont des apaches ces gars là ! Les apaches n’ont jamais porté de cravates. « Moi, j’mets jamais d’col ni d’coulant. Comme ça, on peut pas m’faire au kic ! » A. Bruant
Ma régulière - M. Chevalier